Épopée dans le vide

 

 

 

 

Acte I

 

Entre moi-même. Je me positionne au milieu de la scène. Un projecteur m’éclaire dans un vif faisceau de lumière.

 

Moi-même – Je ne sais pas pourquoi cela a pris cette forme. D’habitude, je dois l’avouer, je garde tout ça pour moi. Après, pourquoi une pièce de théâtre ? C’est vrai que ça fait un peu con : une pièce de théâtre avec un seul personnage, et en cinq actes… Mais c’est venu assez naturellement.

 

Je quitte le faisceau de lumière pour m’approcher du public.

 

Le plus dur, quand on parle de soi, ou plutôt quand on crée une pièce de théâtre sur soi, c’est de trouver quelque chose à dire. Une intrigue. Des péripéties. Il faut que tout vienne de l’intérieur mais il faut que ça bouge. Sinon on s’emmerde. Enfin surtout vous. Moi, je suis concentré sur mon texte, là. Il n’était pas simple à écrire d’ailleurs. Puis il a d’abord fallu me convaincre que le sujet avait de la matière, pouvait faire une pièce à succès. Vous me direz cela à la fin de la pièce. Moi, en tout cas, j’en étais convaincu. Je me posais quand même des questions pour savoir si cela était vraiment jouable par un acteur. Déjà parce que cela ferait bizarre de voir quelqu’un d’autre parler en son nom. Sans doute, le meilleur choix était-il tout simplement moi. Mais je crois que je ne ferai pas un très bon comédien. C’est pour cela que je laisse aujourd’hui plutôt quelqu’un d’autre le faire. C’est plus intéressant.

 

Je reviens me positionner dans le faisceau de lumière.

 

Comme vous pouvez voir, le jeu d’acteur est plutôt limité. Je bougerai peut-être davantage par la suite, mais pour l’instant, je préfère jauger le public. Voir ce qu’il veut. Sentir ce qu’il ressent. Cela me permettra de m’adapter à la demande. Car l’objectif, non-avoué, de toutes pièces est quand même que vous la recommandiez à vos proches. Qu’on fasse d’autres dates. Qu’on remplisse les caisses. Oui, il faut bien vivre.

 

Je m’approche du bord de la scène.

 

J’ai voulu voir les choses en grande pour ma pièce. Je voudrais un chœur, comme dans le théâtre antique, pour annoncer l’intrigue. Alors, comme je suis seul, il faut s’imaginer. Oui, imaginez-moi en coryphée, imaginez plusieurs personnes autour de moi et écoutez notre chant.

 

Je me précipite pour me positionner dans le faisceau de lumière.

 

Oui, imaginez, très chers spectateurs,

(Soyez donc sans crainte et n’ayez pas peur !)

La vie, avec nous, de notre héros.

Prions ensemble les dieux d’en-haut !

Dans la pénombre, notre personnage

Vous affrontera de tout son courage.

Il vous parlera de ses turpitudes,

Il se confiera avec inquiétude.

Ce doux prologue semble d’un autre âge,

Une étrange lubie, un bizarre hommage

D’un navigateur cherchant son bateau,

D’un mauvais acteur sans un scénario,

D’un aventurier profondément chieur :

Homme sans histoire et sans joie, ni pleurs.

 

Paul-Henri Pillet 15h27

Par Paul Henri




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