Un Dimanche 15 Juillet après-midi

 

 

Partout où l’on allait, on entendait mugir la foule. Un esprit de fête avait envahi le cœur des gens. Les rues bariolées étaient devenues des lieux de rencontre pour exaltés. L’alcool enchantait les esprits, la victoire – leur victoire – les enivrait. Il y avait un temps pour tout : un temps pour demain, un temps pour hier, mais aujourd’hui c’était du temps pour rien. Mais un rien d’allégresse. Un rien d’allégresse qui transporte ce qui reste des corps fatigués un dimanche après-midi. Car le week-end est passé par là. Les amis, les verres, les soucis, les histoires de cœur, de cul et de calmes soirées aussi. Il y aura bien sûr le lundi, mais c’est tellement loin, et puis, oui c’est vrai, ça parait tellement loin. Dans l’épais nuage de fumigènes rouges, dans l’opaque atmosphère s’agrègent les chants, la sueur, la fatigue et l’alcool, dans un précieux mélange de misères et de joies. Elle est là la foule dansante, allant à gauche puis à droite. Elle s’accroupit, se lève, saute, tourne et court dans tous les sens. Les bâtiments et le ciel semblent saluer cette foule écrasante. Si l’on songe aux raisons qui poussent les hommes à chahuter l’ordinaire, on peut ne voir qu’une rencontre sportive, un tournoi aux visées essentiellement commerciales, des footballeurs qui gagnent des salaires astronomiques pour nous divertir, mais l’on se tromperait à l’interpréter ainsi. Car il n’y a rien de réel dans cette syncope populaire.

Nous nous frayons un chemin parmi les corps incandescents. Ou plutôt, nous suivions d’un pas lourd son mouvement. Car la journée avait déjà été longue, mais nous ne voulions pas qu’elle finisse si tôt, ni de cette manière. On attendait quelque chose de spectaculaire. On se réjouissait de cette marche lente, en remontant les Champs-Élysées, face à l’Arc de Triomphe. Les premiers bris de mobiliers urbains, de bouteilles de verre fracassées, de vitrines endommagées résonnaient tantôt harmoniquement, tantôt disharmoniquement avec la fureur des hommes. Des mois plus tard, ces lieux seraient la place de la colère populaire. Avec son lot de destructions. Et son lot d’interprétations. Pourtant ces deux surgissements ont-ils une signification différente ? Non, c’est le surgissement de l’humain, incontrôlable et incommensurable. Avec son lot de joies, de tristesses, de violences, d’horreurs, de lendemains qui chantent et de lendemains qui déchantent. Car tous se retrouveront demain dans la même vie. Celle qu’on pensait arrêtée, altérée, modifiée par un mouvement soudain. Par un surgissement d’extraordinaire. Par un surgissement de joie, par un surgissement d’inattendu.

Paul-Henri Pillet 19h18

Par Paul-Henri Pillet




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