En attendant l’avenir

 

 

La vie est-elle un prologue ? Enfin, ma vie est-elle un prologue ? A la manière du théâtre antique, avec un chœur annonçant une palpitante intrigue pour la suite ? Parce que j’ai l’impression qu’elle n’a jamais commencé, ou en tout cas pas encore. J’ai l’impression, ou j’espère, qu’on s’active en coulisse, qu’on s’habille, qu’on sort les accessoires, qu’on se parfume, que de belles actrices et de beaux acteurs s’apprêtent à prendre place sur la scène où je suis. Je suis là pour leur faire gagner du temps. Alors je meuble. Je comble du vide. Je fais patienter l’audience. Je divertis. Je me divertis. J’annonce l’intrigue, celle que j’ai imaginé, celle dont je rêve. Celle qui vaut le coup d’attendre. Avec un peu de chance, il manquera un acteur, peut-être qu’on me proposera le rôle principal. Que je pourrais rester sur scène. J’espère en tout cas qu’ils sauront s’approprier mon texte, et surtout improviser. Le rendre un peu plus sexy. Un peu plus grave. Un peu plus drôle. Bref, qu’on en ait pour son argent. Qu’on en ait surtout pour l’attente. Au début de ma vie, on m’a dit de ou bien rêver, ou bien prier. En attendant. Je n’ai rien contre la prière. Mais, honnêtement, sur le papier, le rêve était plus vendeur. Et si je me mets maintenant à prier, ce n’est pas la même chose. J’imagine qu’on récompense plutôt ceux qui prient depuis le début, pas ceux qui commencent à prier en cours de route. Donc, va pour le rêve. Même s’il est sans décors, sans musique et sans voix. Mais peut-être que ça arrive.

 

Paul-Henri Pillet 18h37