Poème de nuit en alexandrins

A trois heures vingt-deux, le Sel est éveillé
Le public est en liesse, les spots sont allumés
J’ai retiré mes bottes et chaussé mes lunettes
Je me suis étendue auprès de Poupinette

Poupinette c’est ma fille, pas celle qui chante. La p’tite
Même si elle chante aussi, je sais, j’ai deux pépites.
Pour l’heure, elle en écrase, couchée sur le sofa
Mais Morphée me déserte, alors, je ne dors pas.

J’ai essayé, pourtant, dans le petit salon
Que j’avais repéré en lisant mes brouillons.
Je me suis dit « couche-toi, sois un peu raisonnable
Sinon demain matin, tu n’s’ras pas présentable »
Mais rien n’y fait, hélas, j’arrive pas à pioncer
Alors j’écris des vers pour ne pas m’ennuyer.

Plus tôt dans la soirée, je lus à la radio
Des textes de tout poil, angora ou vison,
Certains complètement fous, d’autres très intellos
Ou gravement déjantés, émouvants ou mignons.

Mais ce qui décupla mon plaisir et ma joie
fut avec ma cadette de partager cela
Nous rîmes de concert, jusqu’aux larmes, il est vrai
En jouant moi un plaid et elle une télé

J’assistai également au set de Luna
Luna, c’est mon aînée, mais vous l’savez déjà.
C’est elle qui me fait dresser les poils des bras
Mais je l’ai déjà dit. Je n’y reviendrai pas.

Voilà bientôt une heure que nous avons fini
Et que j’entends des gens dire « Là, on est partis »
Mais ils ne partent pas, même s’ils sont épuisés
Ils ne veulent pas rater une miette de la soirée

Alors ils tournent et virent, disent au-revoir aux copains
Font mine de s’éloigner et reviennent sur leur pas
Assurent qu’il faut dormir, pour être en forme demain
« Bon, cette fois-ci, j’y vais. Et toi, tu rentres pas ? »

Chann est toujours blottie sous son plaid écarlate
Elle a passé son temps à courir les couloirs
Mais diantre, j’entends les Schmouls, en Rotonde, c’est l’éclate
Ils débutent leur concert avec une heure de r’tard.

Le public les acclame, c’est le délire total
Dans l’atelier désert, tout est calme et paisible
Là-haut, c’est la folie, et tout le monde s’emballe
Mais Chann les ignore. Elle rêve, inaccessible.