Un jour pas comme les autres

Un jour pas comme les autres

 

11h, j’ai la tête qui bourdonne, j’ouvre les yeux et mon plafond est comme mouvant, je tourne la tête et je vois une bouche grande ouverte. Une respiration forte en sort suivi d’une odeur d’alcool qui vient me chatouiller les narines me faisant ressurgir les souvenirs de la veille…  Soirée déguisée, zadiste, feu d’artifice, voisins qui gueulent, tournée de shots, vomi dans le uber…Je décide de refermer les yeux, bizarrement, ça tourne encore. Quand je décide de les ouvrir à nouveau, une heure est passée. Dehors, des bruits de klaxonne viennent me brûler les tempes, c’est quoi ce bordel. Un doliprane plus tard, je me décide à secouer la masse qui ronfle à côté de moi. J’ai beau le secouer, pas de réponse… S’il les effluves d’alcool n’embaûmaient pas la pièce, j’aurais pu penser qu’il était mort. Heureusement, un râle décide de sortir de son corps, me rassurant. Les klaxons se font de plus en plus fort. Ils faut qu’on se dépêche, les messages whatsapp s’accumulent sur mon téléphone le faisant ronronner comme une locomotive. Sur mon meuble, mes affaires sont prêtes, ça fait 2 jours qu’elles le sont. On a rendez-vous dans 30min, ce qui me laisse le temps de prendre une douche, j’en ai clairement besoin. Pendant ce temps, George daigne enfin de sortir un pied du lit. La perspective de la journée qui arrive l’aide à se motiver. Ni une ni deux, il a enfilé son beau maillot bleu et sa casquette aux couleurs de la France. Je l’entends qui me presse derrière la porte de la salle de bain. Vite, on va être en retard, tout le monde est déjà au point de rendez-vous et il ne faudrait pas que l’on ai une mauvaise place surtout si la télé est petite. Oui oui oui… Nous voilà donc à demi-frais au point de rendez-vous. Notre première mission : trouver un bar cool mais pas bobo, ou il y a de la place mais de l’ambiance et où la télé ne fait pas la taille d’une game boy, mince affaire. 40 minutes plus tard, on se met tous d’accord sur un bar. Heureusement le match est dans 3h. 3h donc à tuer, la boule au ventre d’impatience. On déjeune, on parle des matchs précédents, les filles font semblant de sortir des noms de joueurs, on reprend des bières oubliant la gueule de bois de la veille. L’endroit commence à se remplir, la pression commence à monter, l’heure est proche. Nous voilà donc une belle brochette accolée au bar, meilleur endroit pour boire et regarder la télé en même temps. Les joueurs entrent sur le terrains, tout le bar est déjà en ébullition. Moment de silence pour la marseillaise qui nous donne des frissons, mains sur le coeur. Le coup d’envoi est lancé, tout reste à faire. La bière coule à flot, la tension est palpable. Premier but, cri de joi, on se jette les uns sur les autres, on saute partout renversant nos pintes sur le sol qui colle de plus en plus. Deuxième but, on se sent confiant, fort, déjà invincible alors que le jeu devient fébrile. But de la Croatie, la certitude retombe, on tremble un peu, s’indigne. 3ème but puis quatrième but de la France, on ne tient plus en place, tout le monde se bouscule de bonheur, on trinque encore et encore, plus rien ne nous arrête. But de la Croatie, le doute subsiste mais on est confiant, il reste peu de temps.

Sifflet de fin, on est champion du monde ! Le barman fait péter le champagne qui explose sur le plafond et nous dégouline dessus. Il paie sa tournée à même le gosier ! Tout le monde saute, crie, s’embrasse, certains même un peu trop. On peine à décoller nos pieds du sol imbibé d’alcool mais ça n’a pas d’importance, ce soir rien n’a d’importance, nous sommes champion du monde. Tout Paris hurle de joie. Le spectacle qui s’offre à nous est irréel. Autant de gens réunit. C’est ça la beauté du sport. Tout Paris est en éveil, les voitures klaxonnent de plus belle, les gens chantent prônant le talent des joueurs, rêvent d’être eux. Ce soir, toute la France n’est plus qu’un. Nous étions tous sur le terrain aujourd’hui, jouant dans le même camp avec un objectif commun, devenir champion. Chacun a gagné quelque chose, toutes passions et valeurs confondues. Les champs élysées s’enflamment aux couleurs de la France. Une marche s’entame alors vers la place de l’Etoile. Nous marchons tous dans le même sens, immortalisant ce moment inoubliable. Durant ces quelques heures, nous étions tous d’accord les uns avec les autres, on a oublié nos différences et nos incompréhensions, nous étions simples et heureux. Paris s’est réveillé le lendemain avec un goût déjà de nostalgie sur les pavés.

 

Tiphaine Cazanave



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