La cour à l ‘heure de la récré.

 

En ce 8 juillet 2083 l’ouverture du festival a fait son petit effet. Le mystère a été gardé merveilleusement bien sur ce qu’allait être le spectacle d’ouverture de cette édition. La seule information que nous avions c’est que chaque adulte devait venir accompagné d’un enfant. Même les journalistes du monde entier, tous ont joué le jeu.

Du coup la clameur habituelle de la cour d’honneur a laissé la place aux rires et aux cris des enfants de tous âges.

La raison de tout ça : la nouvelle création du jeune Malo Jaouën.

Le jeune breton a laissé le jeune public entrer dans la cour d’honneur et il l’a fait magnifiquement bien. Une heure 30 de pur plaisir et de partage intergénérationnel.

Depuis des années les enfants sont un peu les oubliés du festival in.  « La cour d’honneur est un lieu mythique et de rêve : il fallait l’ouvrir aux enfants et les considérer à égalité avec leurs parents. » a déclaré le metteur en scène a l’issue de la représentation.

Il a rajouté « Aujourd’hui nous assistons à un théâtre qui se rapproche du cinéma grâce aux hologrammes, et à la vidéo 4d. Depuis plus de 10 ans les formes théâtrales ont pour moi perdu le coté en chair et en os qui les caractérisaient. Je n’ai bien sur rien contre les représentations robotisées, ou les séances holographiques de rêves partagés, mais ce n’est pas ma came. Le théâtre est le lieu de l’imaginaire pur et sincère, sans artifice, avec des acteurs en chair et en os qui se livrent corps et âme sur le plateau. Et si c’est vieux jeu je l’assume ! »

Comme à son habitude Jaouën nous offre un spectacle en 4 langues maniant habilement les différents niveaux de lecture ce qui enchante petits et grands. Il n’a jamais caché son admiration pour l’auteur Joël Pommerat mais avec « Les leveurs de soleil » il dépasse le maitre. En effet l histoire est simple.  Pipin et Séraphin ont pour mission de faire lever le soleil sauf qu’ils l’égarent.  Leur quête pour retrouver l’astre solaire les mènera de rencontre en rencontre, les unes plus farfelues que les autres.

Saluons d’abord l’écriture. Le jeune Jaouën avec cette nouvelle création arrive habilement à naviguer entre rêve et réalité, entre imaginaire et concret sans tomber dans le cliché ni le pathos. La scénographie de son père regorge de trouvailles et de d’ingéniosité. Adepte d’un théâtre dit classique, pas de vidéo, pas d’hologramme rien que des constructions et des panneaux coulissants et bien sûr notre imaginaire fait le reste.

On y retrouve aussi ici et la quelques clins d’œil à un théâtre classique ce qui fait du bien. Une tenture par ci, une chaise en bois par là.

Avec cette scénographie évolutive et participative (4 régisseurs humains au plateau) le duo père fils réussit à casser le rapport scène salle si compliqué dans la cour d’honneur. Seule technologie utilisée la techno eyes qui je le rappelle permet au spectateur de zoomer où il le souhaite dans l’espace. Cette paire de lunette a toute son utilité dans un spectacle comme celui-ci.

Autre qualité indéniable de ce spectacle, les acteurs. Tout d ‘abord l’acteur iranien Conan Kahvé, extraordinaire Pipin, nous montre encore une fois que texte et corps sont indissociables. Boltho Mils, le jeune danois, campe lui un Séraphin plein de sensibilité, d humanité et de pudeur. Sa voix grave de ténor résonnera longtemps entre les murs du palais. Mais n’oublions pas les femmes : la splendide péruvienne Camilla Naeru et Dais Fey seule française du spectacle naviguent avec grâce et volupté parmi le bestiaire des autres personnages. Pour son premier Avignon Jaouën fait fort. Directeur d’acteur magnifique il a su intelligemment, sans se servir des technologies habituelles aujourd’hui, nous offrir un moment de théâtre à l’ancienne et de partage intergénérationnel.  Au moment des saluts petits et grands, tous debout, en redemandent. Il y avait longtemps que la cour d’honneur n’avait pas vécu 20 minutes de standing ovation pour un spectacle qui le mérite amplement.

Les enfants sont complètement sous le charme. Pendant la représentation pas un bruit, tous bouche-bé face à cette performance. Mon fils qui m’a accompagné me demande maintenant de venir a tous les spectacles. Je dois reconnaître que cette initiative va faire du bien au théâtre qui avait perdu de la vitesse ces dernières années face au cinéma, à internet et l’holographie.

Donc pour finir merci et bravo Malo !

Par Laurent CAZANAVE




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