SUITE CAMILLE ET CHIRAC

 

On sonne à la porte des Beckam. Chirac, sur mes genoux, sursaute en frôlant la crise cardiaque. Je le vois déguerpir à toute vitesse pour se planquer sous une bibliothèque. Je me dirige vers la porte pour ouvrir au livreur. Mais en arrivant près de la porte, je sens soudainement que mes pieds sont mouillés. Pas humide, non, véritablement mouillés. Je sens l’eau s’infiltrer dans mes chaussures. Je baissse les yeux vers mes chaussures : de l’eau provenant de la cuisine stagne sur le parquet. Mon regard se pose immédiatement sur Chirac. Je commence à penser qu’il n’a pas été très judicieux de le le laisser en liberté dans l’appartement…Sans doute a-t-il rongé un tuyau qui aurait provoqué une fuite d’eau.
J’appuie sur la poignée de la porte et la tire vers moi mais la porte me résiste. Je réessaie à nouveau avec plus de force. Rien ne vient. La sonnerie retentit à nouveau. Le livreur s’agace. Il tambourine à la porte. Je panique. D’une voix fluette je lui crie « Je…je suis coincé à l’intérieur ». J’entends grommeler derrière la porte. « Il y a une innondation… l’eau a sans doute fait gonfler le parquet sous la porte. Je coincée ». Le livreur ne répond pas. Je décide de regarder par le judas : une jeune femme en uniforme et casquette rouge tient deux boîtes de pizzas à la main. De son autre main, elle peste au téléphone :
« Ouais, j’ai une cliente qui ne peut pas ouvrir sa porte. Je fais quoi moi ? ».
Elle est belle, je n’ose pas respirer de peur qu’elle m’entende. Elle raccroche et m’interpelle :
– « Madame ? »
– « Mademoiselle » , je lui réponds (je ne sais pas ce qui cloche chez moi…)
Elle reprend :
– « Pardon…Mademoiselle, il faudrait que vous appeliez les pompiers pour qu’ils viennent vous délivrer ».
Je n’ai pas pris mon téléphone portable sur moi et surtout je ne suis pas censée être chez les Beckam sauf pour nourrir Chirac une fois par jour. Je bafouille :
– « Pour être tout à fait honnête, je ne me trouve pas chez moi en réalité…je risque d’avoir des gros problèmes avec la police si on me trouve ici ». Un silence. D’une voix amusée, la livreuse me répond : – « Vous êtes une cambrioleuse ? ».
Je devine un sourire dans sa voix. Je me surprends à trouver la situation caucasse. Adossée à la porte d’entrée je lève le masque :
– « Non, je suis le voisin. Enfin la voisine. Mes voisins sont partis en vacances et ils m’ont confié leurs clefs pour que je nourrisse Chirac ».
– Chirac ?
– Leur lapin.
– Et vous commandez des pizzas chez vos voisins, vous ?
Elle a de l’audace. Elle me plaît.
– Je m’y plais bien. Ils ont un grand deux pièces avec home cinéma.
Elle rit. Le rire le plus charmant, délicieux que j’ai jamais entendu de ma vie.
– Je peux vous demander votre prénom ?
– Camille.
– C’est joli Camille. Mon neveu s’appelle aussi Camille. Je ne connais que des garçons qui s’appellent Camille.
– Ah.
– Bon Camille, voilà ce que l’on va faire. Vous allez vous éloigner de la porte.
– Quoi ?
– Je vais défoncer la porte, ne vous inquiétez pas.
– Mais vous êtes folle ? Défoncer une porte à vous seule ?
– J’ai une force assez hors du commun.
La livreuse pose les pizzas au sol et retire son blouson rouge dévoilant des biceps digne de ceux d’Arnold Schwarzenegger. Hors du commun, c’est bien le mot. Je m’écarte de la porte. Un premier boum retentit, la porte tremble. Je retiens ma respiration. La livreuse percute une nouvelle fois la porte qui lâche dans un fracas. La porte s’écrase au sol. La livreuse entre dans l’appartement comme une héroïne, les muscles saillants. Elle ma sauveuse. Elle me cherche du regard mais quand nos regards se croisent, je ne vois cette fois aucune déception dans ses yeux. Seulement de la surprise. Elle murmure :
– Camille…



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